Et comme la vie peut parfois se moquer de nous, je me suis à nouveau retrouvée confrontée, il y a presque trois ans, à la problématique de la maltraitance infantile, mais cette fois-ci d’une manière beaucoup plus douloureuse. L’autre maman (que je n’appellerai plus mon amoureuse) avec qui nous avions conçu et élevé notre enfant pendant 10 ans, de manière équilibrée et en étant très soucieuses de son bien-être, n’a jamais supporté ma transition, et a alors complètement changé d’attitude à mon égard quand j’ai commencé à lui en parler (mais ce n’est pas le sujet). Un des moyens employés pour me faire regretter ma transition (et le plus destructeur) fut et est encore d’utiliser mon fils (et son absence) par vengeance.
J’ai mis beaucoup de temps à trouver comment nommer ce qu’il se passait, notamment car en France il y a un grand vide lexical sur ce sujet. Récemment, j’ai vu que le terme “violence vicariante”, traduit de l’espagnol “violencia vicaria”, commence à faire son chemin en France, où l’on a des années de retard sur le sujet (quelle surprise...).
“La violence vicariante (parfois appelée violence par substitution) est un néologisme appliqué dans le domaine de la violence sexiste qui désigne une forme de violence par personne interposée dans laquelle un parent agresse une fille ou un fils dans le but de faire souffrir la mère. Dans le cas de la violence indirecte, la violence sexiste n'a pas seulement pour victimes les femmes, mais aussi, et principalement, leurs filles et leurs fils. Elle est considérée comme « l'expression la plus cruelle de la violence sexiste ».”
Traduction par l’auteure – https://es.wikipedia.org/wiki/Violencia_vicaria
Les rares périodes où j’ai pu parler avec mon fils qui a été séparé de moi depuis février 2020, il m’a décrit beaucoup d’abus psychologiques : beaucoup de gaslighting sur de très nombreux sujets quotidiens au point qu’il me parle d’un “brouillard qui se lève” quand on parle ensemble (il me décrit de nombreux cas où son autre maman nie avoir fait des choses dont il est témoin), interdiction de parler de moi chez lui, amour conditionné à la réussite scolaire, mise en concurrence avec sa voisine qui est dans la même classe, encouragement à ne pas me parler ou me voir, confiscations du seul moyen qu’il a de me joindre, lui faire peur du jugement de garde alternée une semaine sur deux et de venir me voir, l’inciter à me le reprocher, l’inciter à me questionner sur des questions économiques, dépréciation constante de ma personne devant lui, isolement en le rendant le moins autonome possible, le placer dans des situations conflictuelles comme interface entre elle et moi lorsque par exemple elle refuse de l’amener à un transfert convenu, et tout ce dont il n’a pas encore osé me parler.
Ces abus, couverts par une pratique étonnamment habile de la manipulation, sont très difficiles à prouver, et mon fils a très peur des retombées que pourraient engendrer sa parole contre sa maman abusive. La seule fois où j’ai enregistré sa parole (qui décrivait des abus), la maman abusive s’est vengée en nous séparant sept mois de plus. Lorsque j’ai déposé une main courante contre la tentative d’empoisonnement qu’elle m’a fait subir en 2017, et qu’une amie commune a témoigné publiquement de ses agissements vis-à-vis de la garde de notre fils, sa vengeance a été d’annuler les vacances que notre fils avait tant envie de passer avec moi au bord de la mer. C’est le troisième été que nous passons séparé·e·s lui et moi. Et c’est rarement elle-même qui assume ses propres décisions, elle se débrouille la plupart du temps pour que ce soit lui qui m’annonce ma punition, de manière indirecte, comme si c’était lui qui la décidait. Son mode opératoire, en utilisant chaque fois notre fils comme interface pour lui faire dire ce qu’elle n’assume pas, est imparable et très difficile à prouver. Elle le rend constamment responsable de ce qu’elle décide pour lui, l’utilise comme écran et comme arme.
“I’m a weapon” m’a-t-il dit subitement un jour, avant de m’expliquer ce qu’il entendait par là. Il est parfois très conscient de la situation, à un point étonnant. Puis ces moments de lucidité sont entrecoupés de longues périodes de repli où il est perdu dans le brouillard du gaslighting.
Je n’ai aucune prise sur toutes ces maltraitances, qui ont commencé brusquement trois jours après qu’elle m’ait demandé la garde totale, un an après m’avoir demandé de quitter le département suite à mon annonce de transition.
Toutes ces maltraitances ont pour objectif de me blesser là où c’est le plus douloureux, en passant par mon fils, qui en est le premier réceptacle, et la première victime. Il a maintenant 12 ans et ce qu’il vit depuis bientôt trois ans est extrêmement destructeur pour son développement psychologique. Aucun enfant ne devrait vivre ça. J’ai extrêmement peur pour lui, qu’il s’agisse de ce qu’il vit maintenant ou de ce qu’il vivra plus tard, quand il aura pris du recul, combien ce sera dur pour lui de surmonter son passé. Il est évident que ce sera plus dur pour lui de surmonter ses violences infantiles que ça ne l’a été pour moi-même, car celles dont il est victime aujourd’hui sont beaucoup plus tordues, beaucoup moins évidentes, beaucoup moins faciles à nommer et à discerner. À choisir je préfèrerais recevoir cent coups qu’une seule de ces violences psychologiques, tellement plus destructrices et difficiles à réparer.
Évoluant dans un milieu queer complètement déconnecté des réalités parentales, il est particulièrement rare de rencontrer des personnes qui n’en n’ont pas juste rien à foutre, ou qui ont l’aptitude à réaliser la nature des liens parentaux et la gravité de la situation. Des personnes qui se rendent compte qu’élever un enfant pendant dix ans n’est pas comparable à s’occuper d’un animal de compagnie. D’autant plus face à une situation aussi désespérante, sans aucune possibilité d’agir sans risquer d’aggraver la situation. Quand une amie témoigne sur une liste queer et que la seule réaction c’est de mettre en place une modération, ça donne juste envie de se jeter par la fenêtre.
S’il doit rester une seule raison pour laquelle j’apporte cette contribution, c’est celle de faire connaître en France le concept de violence vicariante, malheureusement beaucoup plus répandu que nommé. Et il est toujours moins difficile de lutter contre quelque chose que l’on sait nommer.